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Saisir ce qui vit dans l'ombre et le sauvage

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Out of this word, forĂȘt, paysage,  forest, landscape, surnatural,surnaturel

Ma photographie joue intimement avec les éléments naturels. Ils sont une part primordiale de mon travail de composition et de recherche. La nature n’est pas simplement utilisée comme toile de fond mais je la considère comme une actrice à part entière. Elle émerge de multiples façons ; en tant que milieu naturel et lieu de shooting, dispensatrice d’éléments naturels – autant présents dans mes photos que dans les cadres que je crée pour les mettre en valeur… Sa présence discrète s’instille jusque dans mes outils. Sans ressources naturelles, aucun objectif ni appareil photo ni cartes mémoires n’existeraient.

Je donne à la nature une place centrale car j’ai développé personnellement une sensibilité écologique. Je désire autant la protéger que mettre en avant sa beauté dans mes œuvres.

Mais c’est aussi car elle est une actrice centrale de nos vies, même si cela est invisbilisé. Nous évoluons dans une perception occidentale du monde dans laquelle nature et culture s’opposent. Alors qu’il n’en est rien… Nous sommes en pleine dissension alors que notre espèce est indissociablement liée à la nature. Qu’elle le veuille ou non. Nous faisons partie de ce tout, occupants d’un minuscule fragment d’étoile perdu au milieu de l’univers et sur lequel la vie, un jour, a choisi d’éclore et de se multiplier. Cependant, cette planète peut survivre sans nous mais pas nous sans elle. Petits éléments éphémères de l’évolution, bulle évolutive passagère mais pourtant si destructrice.

Intégrer la nature comme actrice à part entière en lien avec l’humain.e, c’est tenter d’abolir ces frontières conceptuelles crées au fil de notre histoire. Frontières, distances, séparation…qui nous donnent une illusion d’indépendance vis-à-vis de la nature et justifie son exploitation. Or, penser la nature c’est nous penser nous, humain.es,  et envisager notre permanence.

Je recherche également à mettre en lumière une nature particulière, la nature sauvage. Tout type de nature est beau et a sa place et son équilibre dans notre monde mais, à nouveau, il s’agit de dénominations et de séparations purement humaines et construites. Sans infrastructure et présence humaine, comment parler de nature en ville, de jardin, de vergers, de réserves naturelles, de parcs, d’agriculture…

 En dehors du bref épisode pendant lequel la nature a rencontré la civilisation humaine, elle n’a été que sauvage. Je cherche à toucher du doigt la nature dont nous n’avons pas le contrôle. Celle qui nous échappe, celle que nous côtoyons mais ne pouvons maîtriser. En elle se trouve également une part de nous-mêmes, dont nous ne pourrons jamais nous dissocier, une part immaîtrisable, omniprésente et essentielle.

L’orgueil humain imagine pouvoir tout contrôler, pour assurer son confort, sa suprématie, apaiser son anxiété construite de toutes pièces. Cette volonté délétère se fait au mépris du vivant est du tissu relationnel qui unit tous les êtres de cette planète.

J’aime travailler les ombres car je recherche ce qui peut en émerger, soit directement au niveau de l’image, soit par notre interprétation personnelle et via les divers signaux auxquels notre cerveau et notre corps vont tenter de donner du sens. J’apprécie la dimension esthétique qui se trouve dans la noirceur. Elle n’est pas uniforme et en s’y plongeant assidument, il est possible d’y voir se développer une complexité onirique.

Je ne poursuis cependant pas un travail monochrome et unidirectionnel ; sans ombres, la lumière ne peut exister de même que sans lumière l’ombre perd sa substance. Les contrastes sont nécessaires pour l’émergence du beau. Une lumière faible mais néanmoins présente ne fera pas ressortir les détails de prime abord mais les révèle subtilement, et invite à les chercher, à se plonger dans l’œuvre proposée. Il ne s’agit plus de consommer de l’esthétisme instantanément, à la chaîne. Observer une image sombre nécessite de s’arrêter devant elle, de suspendre le temps afin d’y plonger. Pour chercher, deviner, voir émerger. Rien n’est donné directement. Que voit-on vraiment ? Qu’imagine-t-on ? Que veut-on-voir ? Que croit-on voir ?

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Dans une lumière franche, tout est offert spontanément. Ici il faut aller chercher par soi-même ce qu’il y a au fond de la photographie mais aussi au fond de nous.

J'articule ces deux mouvements, ces deux élans que sont la nature sauvage et l’obscurité, afin de les figer dans un instant d’éternité et espérer avoir créé quelque chose qui touche mes semblables.

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